Entretien avec Arlette Alfa Mboyo : bâtir un cabinet de conseil panafricain ancré dans la rigueur et l'impact
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La fondatrice et PDG d'AKILI Consulting revient sur son parcours, de la banque à la création d'un cabinet d'advocacy à impact en RDC
Q : Qu'est-ce qui vous a poussée à quitter des institutions établies pour fonder un cabinet de conseil panafricain ?
R : Ma conviction était simple : l'Afrique regorge de talents, de ressources et d'opportunités exceptionnels, mais elle a besoin de services de conseil ancrés dans ses réalités pour transformer ce potentiel en croissance structurée. Après mes années passées dans la banque et la coopération internationale, j'ai compris que de nombreux acteurs économiques ne manquaient pas d'ambition ; ils manquaient d'un accompagnement stratégique, réglementaire et opérationnel adapté à leur environnement. Créer AKILI Consulting signifiait choisir l'impact plutôt que le confort institutionnel. Cette conviction a façonné mon leadership autour de trois principes : la rigueur, l'écoute et la transmission. Je crois qu'un leader doit fournir une direction claire, mais aussi créer les conditions pour que les équipes grandissent, assument leurs responsabilités et apportent des solutions concrètes aux clients.
Q : Comment votre observation des obstacles réglementaires nourrit-elle la mission d'AKILI ?
R : Cette prise de conscience a profondément façonné la mission d'AKILI Consulting. Elle m'a rappelé que la richesse du continent ne suffit pas à elle seule ; elle doit être protégée, organisée et transformée en opportunités grâce à une lecture intelligente des cadres réglementaires. En RDC, notre rôle est d'aider les entreprises, les institutions et les investisseurs à comprendre les règles, à anticiper les risques, à dialoguer avec les parties prenantes et à transformer la complexité en décisions claires. Pour moi, le succès va bien au-delà de la performance financière du cabinet. Il se mesure à la qualité des décisions que nous rendons possibles, aux capacités que nous renforçons chez nos clients et à la contribution que nous apportons à un environnement des affaires plus lisible, plus responsable et plus durable.
Q : Qu'est-ce qui différencie AKILI Consulting des autres cabinets opérant en RDC ?
R : AKILI Consulting se distingue d'abord par sa capacité à combiner une compréhension approfondie du contexte congolais avec une rigueur méthodologique internationale. Notre approche ne consiste pas à imposer des modèles importés, mais à concevoir des solutions adaptées aux réalités économiques, institutionnelles et opérationnelles de la RDC. Pour nous, l'intelligence signifie trois choses : écouter avant de prescrire, analyser avec discipline et transformer les recommandations en résultats mesurables. Nous travaillons en étroite collaboration avec les équipes des clients, en utilisant des indicateurs clairs, un suivi pratique et une forte volonté de transfert de compétences. Je me pose toujours une question : quelle valeur durable restera-t-elle chez le client après notre intervention ?
Q : Quelle est votre vision du climat réglementaire de la RDC à l'horizon 2036 ?
R : Ma vision pour 2036 est un environnement des affaires où la réglementation n'est plus perçue comme une contrainte opaque, mais comme un cadre de confiance. La RDC a la capacité de construire un climat plus prévisible, plus numérique et plus cohérent, où l'État, les investisseurs et les entreprises parlent un langage commun. Je ne crois pas que la bureaucratie soit une fatalité ; elle devient un obstacle lorsqu'elle manque de clarté, de coordination et de responsabilité. La conformité peut devenir un avantage concurrentiel lorsqu'elle améliore l'accès au financement, sécurise les opérations et soutient des partenariats durables. Le rôle d'AKILI est d'accompagner cette transition avec lucidité.
Q : Comment votre fonction d'administratrice au sein du conseil d'administration de BOA RDC nourrit-elle votre pratique du conseil ?
R : Mon rôle au conseil d'administration nourrit directement ma pratique du conseil car il m'oblige à envisager les décisions à travers un prisme de long terme : le risque, la gouvernance, la responsabilité fiduciaire et la réputation. En tant que conseillère, je suis souvent amenée à résoudre des problèmes opérationnels ; en tant qu'administratrice, je dois également considérer les conséquences systémiques d'une décision. La leçon de gouvernance la plus importante que j'ai apprise est que la bonne gouvernance n'est pas un exercice formel. Elle se construit par la qualité des questions posées, la transparence des informations reçues et le courage de prendre des décisions parfois difficiles.
Q : Comment conciliez-vous le conseil aux clients et le renforcement du cadre institutionnel de la RDC ?
R : Ces évolutions réglementaires reflètent une intention légitime de l'État de mieux superviser les flux économiques et de garantir que la valeur générée en RDC contribue à l'économie nationale. Leur succès dépend de la clarté des règles, de la cohérence de leur application et de la qualité du dialogue avec les opérateurs. Mon rôle auprès des clients est de les aider à comprendre leurs obligations, à atteindre la conformité et à réduire les risques sans opposer conformité et performance. Un travail de conseil responsable devrait contribuer au renforcement institutionnel en encourageant la transparence, en documentant les difficultés pratiques, en proposant des solutions réalistes et en soutenant une relation plus mature entre l'administration et le secteur privé.
Q : Comment AKILI Consulting se positionne-t-elle face à la transition énergétique ?
R : La transition énergétique place la RDC dans une position stratégique, mais elle suscite également des attentes en matière de traçabilité, d'ESG, de conformité et de partage de la valeur. AKILI Consulting se positionne comme un partenaire capable d'aider les entreprises minières à lire ce nouveau paysage de manière intégrée : réglementation minière, change, fiscalité, gouvernance, relations institutionnelles et attentes communautaires. Ma stratégie personnelle est de maintenir le cabinet dans un état d'apprentissage permanent. Nous renforçons notre expertise, suivons l'évolution des normes internationales et développons une approche qui relie la conformité à la durabilité. Le secteur ne peut plus se contenter de l'extraction seule ; il doit démontrer une création de valeur responsable.
Q : Qu'est-ce qui a inspiré votre méthodologie « en trois parties » pour l'accompagnement des clients ?
R : L'inspiration pour cette méthodologie est venue de mon expérience dans la banque, la coopération internationale et le conseil. J'ai constaté que de nombreux problèmes réglementaires ne commencent pas le jour où une crise apparaît. Ils ont souvent une histoire, une chaîne d'exécution fragile et un manque d'anticipation. Le passé nous aide à comprendre les causes, le présent nous aide à stabiliser les opérations et le futur nous aide à éviter la répétition. Ce cadre a été le plus éprouvé dans des situations où un client devait répondre rapidement à une exigence réglementaire majeure tout en poursuivant ses opérations et en préservant la confiance des parties prenantes. Dans ces moments, la méthode apporte le calme : diagnostiquer, prioriser, documenter, engager et construire une solution durable.
Q : Quel est votre cadre décisionnel pour entrer dans de nouveaux secteurs ou de nouvelles zones géographiques ?
R : Mon cadre décisionnel repose sur trois questions. Premièrement, comprenons-nous suffisamment bien le secteur ou la zone géographique pour apporter une réelle valeur ? Deuxièmement, l'opportunité est-elle alignée sur notre mission : clarifier la complexité, renforcer la conformité et soutenir la croissance responsable ? Troisièmement, disposons-nous des talents, des partenaires et de la discipline nécessaires pour exécuter correctement ? Une opportunité vaut le risque lorsqu'elle combine un potentiel économique, un besoin réel du marché, un cadre éthique acceptable et une capacité de livraison. Je suis très attentive aux signes d'alerte : instabilité réglementaire, conflits d'intérêts, institutions faibles ou manque de transparence. La croissance du cabinet doit rester maîtrisée, car la réputation se construit lentement et peut se perdre très rapidement.
Q : Quel message transmettez-vous systématiquement aux publics internationaux à propos de la RDC ?
R : Le message que je transmets systématiquement est que la RDC ne doit pas être vue uniquement à travers le prisme du risque. C'est un pays complexe, certes, mais aussi un pays stratégique, jeune, riche en ressources et essentiel à plusieurs chaînes de valeur mondiales. Le véritable défi est de comprendre cette complexité et d'y répondre avec sérieux, patience et partenariat. Les plateformes internationales m'ont appris que le discours sur la RDC doit être plus équilibré : reconnaître les défis tout en défendant les progrès, les compétences locales et les opportunités concrètes. Cette expérience a renforcé ma vision pour AKILI Consulting : devenir un pont crédible entre les normes internationales et les réalités congolaises.
Q : Comment avez-vous géré la transition de co-fondatrice à PDG ?
R : Cette transition s'est faite progressivement, par l'écoute et la clarification. Être co-fondatrice entre pairs exige de la confiance ; devenir PDG exige également la capacité de décider, de porter une vision et d'assumer la responsabilité des arbitrages. J'ai appris que l'autorité ne doit pas effacer l'esprit de partenariat. Elle doit créer un cadre plus clair dans lequel chacun peut contribuer à son plus haut niveau. Les principales leçons sont la transparence, la reconnaissance des complémentarités et la discipline dans la gouvernance interne. Une culture de partenariat solide ne repose pas uniquement sur l'amitié ou l'intuition ; elle repose sur des règles, des responsabilités, une communication honnête et une ambition partagée.
Q : Que signifie pour vous personnellement « l'impact systémique » ?
R : Pour moi, l'impact systémique signifie que notre travail va au-delà de la résolution d'un dossier spécifique. Il s'agit de contribuer à des pratiques qui survivent à notre intervention : une meilleure compréhension des règles, des décisions plus transparentes, des capacités internes renforcées et des relations plus constructives entre les acteurs économiques et institutionnels. Je mesure cet impact à plusieurs signes : des clients qui deviennent plus autonomes, des risques mieux anticipés, des processus mieux documentés et des discussions public-privé plus éclairées. Le succès d'AKILI Consulting compte, mais il n'est pas une fin en soi. Ce qui compte vraiment, c'est de savoir si notre expertise contribue à rendre l'environnement des affaires plus fiable, plus inclusif et plus durable.
Q : Quelle est la leçon la plus importante que vous avez apprise sur le leadership avec intégrité ?
R : La leçon la plus importante est que le leadership en RDC exige à la fois lucidité et foi. Lucidité, parce que les défis sont réels : complexité administrative, pression économique et incertitude réglementaire. Foi, parce que ce pays offre des possibilités extraordinaires lorsque nous choisissons de construire avec patience et rigueur. Diriger avec intégrité signifie refuser les raccourcis qui affaiblissent l'avenir. Diriger avec résilience signifie continuer à avancer même lorsque le chemin est difficile. Cette leçon m'a rendue plus disciplinée, plus attentive aux personnes et plus engagée dans la transmission. La leader que je suis aujourd'hui cherche à construire avec constance ; la leader que j'aspire encore à devenir continuera de créer de l'impact tout en ouvrant la voie à d'autres leaders africains.

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